La rentrée des classes
« Adé Finette, ils sont pas mignons ces pèques, tout adraqués et avec le joli cartable tout neuf, qui vont faire le poutou de la rentrée à la maîtresse ? »
« Vaï Yvonne, moi à leur âge, c'est pas le poutou que je lui faisais à la maîtresse, c'était plutôt « regarde bien mon dos, que tu verras que lui cette année »... Et elle m'a bien rendu la monnaie de la pièce: le nombre de bouffes que je me suis pris, et les jeudis après-midis à faire des lignes! »
« Tu as vraiment trop mauvais caractère Finette, moi je trouve ça joli toute cette volée d'agassas qui courent sous les platanes. Té, ça me tire la petite larme d'attendrissement ».
« Je t'en ficherais moi de l'attendrissement, bestiassoune va : les tables de multiplication, les conjugaisons, les dictées et tout et tout, ça t'attendrit quand tu y repenses ? Arrête de répapéjer Vovonne, ou flanque-toi un pupitre devant Question pour un champion et on en parle plus. Parce que moi l'école, plus vite je m'en escampais, au plus mieux je me portais : ça les cahiers, je les ai pas trop usés, et les crayons non plus. J'avais pas le tablier tout plein de bougnettes d'encre violette, comme l'autre fière là, ma voisine, Yolande. On était toutes quichées sur le banc, et elle toujours à tuster, avé son air reborsier. Moi j'en ai eu vite mon sadoul »
« Allez, fais pas ta cagagne Finette! »
« Cagagne peut-être. Mais moi en septembre je préférais partir à la capounade dans les vignes, et piquer un cluc sous les gros figuiers, au cas où y en aurait eu une qui me serait tombée direct dans le bec, toute juteuse et sucrée.... C'est vrai que quand je rentrais à la maison, si je me faisais pesquer par ma mère pécaïre : à moi la deruscada. Et elle m'escagassait les oreilles, que le tocsin de la Madeleine à côté, c'était du Mozart. «Et fille de mauvaise vie par ci, et pati et couffi »Oh j'étais une drôle oui.
« C'ano maïsse Finette, je suis sûre que t'as pas fait le tiers du quart de ce que tu racontes. Dans tes rêves peut-être... »